Chapitre 2 - Larence (part 6)

Chapitre 2 - Larence (part 6)
Nous veillâmes toute la nuit, assis sur le plancher peu confortable, dos au mur. Rien ne se passa. Il n'y eut pas d'attaque, pas de cris, de sang, rien. Je commençai même à me demander si le fils de Danaël serait capable de tuer son père. Nous descendîmes pour manger un peu. Peter nous rejoignit rapidement. « C'est étrange, je ne me rappelle pas ce qu'il s'est passé hier soir. dit-il lentement. J'ai bu ? J'ai un horrible mal de crâne, à croire qu'on m'a assommé avec un banc. » La servante et moi étouffâmes un rire. Mahora arriva, achevant de nouer sa tresse. Elle n'osa pas me regarder, pas plus que la jeune fille qui m'enfonça son coude dans les côtes. « Danaël n'est pas levé ? demanda Peter. D'habitude, il est plutôt matinal.

-Nous ne l'avons pas vu sortir de sa chambre, répondit la servante. Vous savez, parfois, il dort jusqu'à des heures impossibles.

-Eh bien, je vais aller le réveiller ! lançai-je en me levant. Nous n'avons guère le temps, les journées sont trop courtes pour dormir.

-Laissez, je vais y aller. Peter, venez. Je vais vous montrer comment réveiller un Seigneur en lui faisant peur !

-Voilà qui risque fort d'être intéressant ! » s'exclama le jeune homme, qui avait une revanche à prendre.

-S'il vous plaît, laissez votre poignard sur la table. » Il obéit de mauvaise grâce et ils montèrent l'escalier, me laissant seul avec Mahora qui prit son bol de lait et tourna la tête vers les flammes, évitant encore mon regard. Je me levai à nouveau et allai m'agenouiller devant elle. « Ecoute. commençai-je difficilement. Quoi que tu puisses penser, il n'y a rien entre la servante et moi.

-Vous sembliez plutôt proches ! » répliqua t-elle d'un ton sec, reposant brutalement le bol sur la table. J'avais du mal à le croire. Une scène de jalousie. Pour un peu, j'aurai éclaté de rire. « Nous venions d'avoir une discussion sur un sujet délicat. elle n'avait pas le moral, elle disait se sentir inutile. J'ai voulu la réconforter ; tu aurais eu la même réaction à ma place.

-Alban.

-Excuse-moi. Je ne voulais pas te blesser.

-Mais tu n'as aucun compte à me rendre, déclara t-elle soudain. Tu es libre ! Nous ne sommes pas mariés, après tout. » Je m'apprêtai à répondre, réunissant tout mon courage pour lui demander sa main, lorsque Peter dévala l'escalier. « Danaël a disparut ! haleta t-il. La fenêtre est grande ouverte ! » Nous montâmes quatre à quatre les marches de bois qui craquaient sous notre poids. La servante était penchée à la fenêtre ; je me penchai. Le vent avait effacé toute trace, sauf une tâche de sang qui elle- même commençait à disparaître sous la neige. « Il y a un village à une journée de cheval, lança la jeune fille. ll faut envoyer un messager au château, à propos de ce dont nous avons discuter hier. Ensuite, nous chercherons Danaël. Avec un peu de chance, il est encore en vie.

-De quoi avez-vous parlé, hier ? fit Mahora, d'une voix où perçait une pointe de jalousie.

-Pas le temps, nous devons partir sur le champ ! » Nous prîmes nos sacs et partîmes aussitôt. Je pris le cheval de Danaël et attachai la bride de la mule à une boucle de la selle. La servante monta derrière moi et nous partîmes au galop vers le village de Larence. La neige nous ralentit considérablement et nous dûmes chevaucher toute la nuit et une matinée avant d'arriver au village de Larence. Nous prîmes nos quartiers dans une auberge de la ville. Mes deux nuits blanches ne me réussissaient pas ; pourtant, je partais avec mes compagnons à la recherche d'un cavalier allant jusqu'au comté de Jyda. Il fallut payer pour qu'un homme accepte d'y aller par ce temps où les tempêtes menaçaient. Nous allions devoir attendre son retour qui ne serait qu'une semaine ou deux après son départ.

« Cela s'annonce mal. souffla la servante. Tout va de pis en pis. »


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Geändert am Samstag, 27. Januar, 2007 um 05:35

Chapitre 3 - Derrière la Lune Rousse (part 1)

Chapitre 3 - Derrière la Lune Rousse (part 1)
Nous passâmes la journée suivante à rechercher Danaël aux alentours du village. Peter, malgré sa rancune envers lui, s'enfonça dans la forêt en compagnie de Mahora tandis que j'explorais les multiples grottes creusées au pied de la montagne avec la servante. Cependant, lorsque nous nous retrouvâmes le soir, à l'auberge, nous n'avions rien trouvé, même pas un indice. Je questionnai la servante, mais elle n'en savait guère plus que nous au sujet de Remé. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où il pouvait se cacher, pas plus qu'elle ne savait où se trouvait son Maître. Nos recherches continuèrent le lendemain. Je partis avec Peter jusqu'à l'auberge que nous avions occupés précédemment et interrogea Winnal, qui ne savait strictement rien. Peter alla jusqu'à le menacer de mort, mais il continua à nous dire qu'il ne savait pas où se trouvait notre compagnon. Il semblait si effrayé que je conclu qu'il ne pouvait nous mentir, et nous continuâmes à remonter nos pas, tandis que les deux femmes fouillaient encore les alentours de Larence.

Nous retournâmes au village sans aucun indice supplémentaire. Mahora et la servante étaient elles aussi restaient bredouilles. Lorsque Mahora monta se coucher, je l'accompagnai et tentait de lui expliquer à nouveau qu'il n'y avait strictement rien entre la servante et moi. Elle poussa un soupir et referma la porte de sa chambre. En redescendant, je trouvai Peter enlaçant la servante. Gêné, je retournai à ma chambre et m'y enfermai.

Le lendemain, nos recherches continuèrent, toujours aussi infructueuses. La servante ne gardait aucun espoir : d'après ses dires, il était déjà mort et nous aurions aussi bien fait de reprendre notre route au plus vite, afin de profiter des quelques jours d'accalmie pour avancer dans notre expédition qui, il fallait bien l'avouer, n'était pas allée bien loin jusqu'à ce jour. Mahora repoussait sans cesse l'idée tandis que Peter l'acceptait avec enthousiasme. Il nous aidait lorsque nous le recherchions, mais la dispute quelques jours plus tôt n'avait pas été oubliée. Je comprenais mieux la réaction de Danaël lorsqu'il parlait d'assassin en voyant les poignards de Peter. Si son propre fils avait cherché à le tuer par ces armes, il avait bien le droit d'être méfiant, malgré que s'en prendre à l'un de nos compagnons ne fût pas une brillante idée.

Ce jour-là, nous partîmes chacun de notre côté. J'arpentais seul les environs du village, au sud, monté sur le cheval de Danaël. Peter était au Nord, Mahora à l'ouest, l'est étant bouché par la montagne et la piste totalement dégagée, si bien que nous aurions facilement pût voir notre compagnon disparu s'il y avait été. La servante, quant à elle, restait dans Larence, interrogeant les habitants. J'espérai que son allure, parfois hautaine ou mystérieuse, n'allait pas agacer les villageois sans doute peu habitués à son comportement.

Le soir, nous nous retrouvâmes à l'auberge, une nouvelle fois, mais la servante n'était pas encore revenue. La nuit était déjà tombée, je sortis afin de la ramener au plus vite, craignant quelques malheurs. Je m'étais beaucoup attachée à la jeune fille, qui était bien plus fragile et sensible qu'elle ne voulait le montrer, ressemblant par ce côté à Mahora. Peter ne fit pas un geste lorsque je l'annonçai ; son attitude me dégoûta, et je le soupçonnai même d'être la cause de son retard. Je ne la retrouvai nulle part, et les villageois me fermèrent leurs portes lorsque je leur demandai des renseignements.

De retour à la taverne, je cherchai du regard Peter et Mahora. L'aubergiste m'informa qu'ils étaient déjà couchés. Je mangeai seul, m'inquiétant pour Danaël et la servante, tandis que mes deux compagnons restant dormaient sans se poser de questions. Je finis mon repas au plus vite et montai à mon tour, guettant une dernière fois la servante à la fenêtre. Il ne rimait à rien de sortir à nouveau la chercher : le ciel était d'encre et la lune absente. Tout était trop sombre pour des recherches.

Je m'arrêtai devant la porte de Mahora puis, en me traitant d'idiot, l'ouvris. Je tombai sur Peter et Mahora. Et ils s'embrassaient. Je refermai bien vite la porte et allai à ma chambre, hébété. Après la servante, Mahora ? Allait-elle partir, elle aussi ? Je me dévêtis et me glissai entre les draps, pour finalement ne pas fermer l'oeil de la nuit, ressassant des idées noires au sujet du nouveau couple qui s'était formé et des inquiétudes à propos de la jeune servante. Sa présence m'aurait aidé à supporter ce choc et j'étais certain qu'elle aurait sût trouver les mots justes pour atténuer ma peine.

Lorsque le soleil se levait, j'étais déjà dans la grande salle, sirotant une tisane en écoutant les potins du village. L'auberge où nous nous étions installés était envahie chaque matin par une foule de villageois qui colportait les ragots. Je me demandai comment ils faisaient pour vivre ainsi: chacun savait tout de son voisin. Il fallait pourtant bien avouer qu'en hiver, il n'y avait pas grand chose d'autre à faire, de toute façon. Mahora et Peter descendirent ensemble, échangeant des regards complices. Les villageois leur lancèrent des regards intrigués et les potins repartirent de plus belle, sûrement sur eux. Il n'était pas difficile de voir qu'ils avaient passé la nuit ensemble ; je me senti trahi et avalai d'un trait ma tasse avant d'enfiler mon manteau.



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