-Nous ne l'avons pas vu sortir de sa chambre, répondit la servante. Vous savez, parfois, il dort jusqu'à des heures impossibles.
-Eh bien, je vais aller le réveiller ! lançai-je en me levant. Nous n'avons guère le temps, les journées sont trop courtes pour dormir.
-Laissez, je vais y aller. Peter, venez. Je vais vous montrer comment réveiller un Seigneur en lui faisant peur !
-Voilà qui risque fort d'être intéressant ! » s'exclama le jeune homme, qui avait une revanche à prendre.
-S'il vous plaît, laissez votre poignard sur la table. » Il obéit de mauvaise grâce et ils montèrent l'escalier, me laissant seul avec Mahora qui prit son bol de lait et tourna la tête vers les flammes, évitant encore mon regard. Je me levai à nouveau et allai m'agenouiller devant elle. « Ecoute. commençai-je difficilement. Quoi que tu puisses penser, il n'y a rien entre la servante et moi.
-Vous sembliez plutôt proches ! » répliqua t-elle d'un ton sec, reposant brutalement le bol sur la table. J'avais du mal à le croire. Une scène de jalousie. Pour un peu, j'aurai éclaté de rire. « Nous venions d'avoir une discussion sur un sujet délicat. elle n'avait pas le moral, elle disait se sentir inutile. J'ai voulu la réconforter ; tu aurais eu la même réaction à ma place.
-Alban.
-Excuse-moi. Je ne voulais pas te blesser.
-Mais tu n'as aucun compte à me rendre, déclara t-elle soudain. Tu es libre ! Nous ne sommes pas mariés, après tout. » Je m'apprêtai à répondre, réunissant tout mon courage pour lui demander sa main, lorsque Peter dévala l'escalier. « Danaël a disparut ! haleta t-il. La fenêtre est grande ouverte ! » Nous montâmes quatre à quatre les marches de bois qui craquaient sous notre poids. La servante était penchée à la fenêtre ; je me penchai. Le vent avait effacé toute trace, sauf une tâche de sang qui elle- même commençait à disparaître sous la neige. « Il y a un village à une journée de cheval, lança la jeune fille. ll faut envoyer un messager au château, à propos de ce dont nous avons discuter hier. Ensuite, nous chercherons Danaël. Avec un peu de chance, il est encore en vie.
-De quoi avez-vous parlé, hier ? fit Mahora, d'une voix où perçait une pointe de jalousie.
-Pas le temps, nous devons partir sur le champ ! » Nous prîmes nos sacs et partîmes aussitôt. Je pris le cheval de Danaël et attachai la bride de la mule à une boucle de la selle. La servante monta derrière moi et nous partîmes au galop vers le village de Larence. La neige nous ralentit considérablement et nous dûmes chevaucher toute la nuit et une matinée avant d'arriver au village de Larence. Nous prîmes nos quartiers dans une auberge de la ville. Mes deux nuits blanches ne me réussissaient pas ; pourtant, je partais avec mes compagnons à la recherche d'un cavalier allant jusqu'au comté de Jyda. Il fallut payer pour qu'un homme accepte d'y aller par ce temps où les tempêtes menaçaient. Nous allions devoir attendre son retour qui ne serait qu'une semaine ou deux après son départ.
« Cela s'annonce mal. souffla la servante. Tout va de pis en pis. »
