Chapitre 2 - Larence (part 4)

Chapitre 2 - Larence (part 4)
Le lendemain se passa sans trop d'encombre, malgré une dispute. A la fin de la journée, Danaël demanda à Peter pourquoi un apprenti Maréchal-ferrant avait une multitude de couteaux, de poignards et de dagues dans son sac, et comment il avait pût apprendre à s'en servir. « Comment j'ai appris à m'en servir, cela ne vous regarde pas, et il y en a dans mon sac pour la bonne et simple raison que je sais m'en servir. » fut sa réponse, cinglante, vibrante de rage contenue. « Ce sont des armes d'assassin. » fit Danaël, d'un air dégoûté. Peter prit une grande inspiration, et se jeta sur lui, les faisant tout deux tomber dans la neige. Le cheval de Danaël, affolé, partit au galop, la servante toujours sur son dos. Je sautai à terre tandis que Mahora partait vers elle pour la ramener, ainsi que le cheval. Je reçu un coup de poing en tentant de séparer les deux hommes qui se battaient comme des moins-que-rien dans la neige. A bout de nerfs, je me mis à hurler, les réprimandant comme s'ils étaient des enfants. « Suffit ! Vous rendez-vous compte de votre comportement ?! Par Damé, vous êtes des adultes et vous vous battez comme des chiffonniers ! Je n'ai jamais rien vu d'aussi stupide dans toute ma vie ! » Mahora revint, tenant les rênes du cheval de Danaël. La servante ne semblait guère choquée. « Relevez-vous immédiatement, sifflai-je aux deux hommes. Si cela se reproduit une seule fois, vous partez de cette expédition ! Nous n'avons pas besoin de fauteurs de troubles parmi nous, le voyage est déjà assez dur sans que vous n'en rajoutiez ! Je me suis bien fait comprendre ? » Mahora éclata de rire devant mon expression furieuse, tandis que la servante secouait la tête d'un air méprisant. « Bien des hommes, ça. » l'entendis-je soupirer. Nous remontâmes à cheval et poursuivîmes notre route. Enfin, peu avant la tombée de la nuit, nous trouvâmes une auberge. Mahora poussa un cri de joie en apprenant que l'aubergiste préparait des baquets d'eau chaude afin que nous puissions nous laver.

Lorsque nous nous rejoignîmes, lavés et habillés de vêtements propres et secs, Peter et Danaël se regardaient en chien de faïence. L'aubergiste vint nous apporter des tasses de thé. Mahora poussa un soupir et s'intéressa à la chevelure de la servante qui, malgré son peu d'enthousiasme, la laissa la coiffer. La jeune femme entreprit de démêler avec soin les cheveux blancs, presque argentés, et l'unique mèche noire. « C'est amusant, ces couleurs. Blanc et noir, ce n'est pas courant.

-Jake avait les cheveux blancs » rétorquai-je en buvant une gorgée de thé. « Mais Jake était albinos. Vous êtes albinos ?

-Non. » répondit simplement la jeune fille avant de grimacer de douleur alors que Mahora tirait trop fort sur une mèche. « Et vous n'ouvrez jamais les yeux ? » poursuivit-elle en brossant énergiquement la longue chevelure de la servante. Avant même que celle-ci n'eut le temps d'ouvrir la bouche, elle poursuivit : « Ca ne m'étonne pas que vous soyez aussi mal coiffée, alors ». J'éclatai de rire devant l'expression ahurie de la jeune fille. Malgré ses yeux clos, son visage affirmait clairement ses émotions. Mahora haussa un sourcil et entreprit de natter les cheveux da la jeune fille, qui semblait avoir l'air de s'énerver.

L'aubergiste, qui répondait au nom de Winnal, vint nous avertir que le repas était prêt. La servante se leva d'un bond, défaisant du même mouvement les début de natte de Mahora.

Je m'installai entre Peter et Mahora, elle-même assise près de Danaël, afin d'éviter toute nouvelle bagarre. La servante, peu intéressée par la dispute, mangeait tranquillement, en face de nous. « Quelles sont les réactions de l'hyje sur les personnes qui en prennent ? » demanda t-elle soudain. Je réfléchis un moment avant de répondre. « Beaucoup de bien-être, à ce qu'on m'a dit. Euphorie, gaieté. Hallucinations, chez les sujets les plus sensibles. Pas toujours des bonnes, certains se sont suicidés sous les effets de la drogue.

-En avez-vous déjà consommé ?

-Jamais. Je veux garder l'esprit clair.

-Maître ?

-Tu sais parfaitement que non !

-J'oubliais, c'est votre femme qui se drogue. Peter ?

-Cette plante coûte une véritable fortune, et même si j'avais les moyens, je ne préfère pas en consommer. J'ai vu la dépendance que cela peut entraîner. Certains deviennent fous s'ils n'arrivent pas à en trouver.

-Et vous, Mahora ?

-Non.

-Il me semble que l'on fait infuser l'hyje et que l'on obtient un produit inodore et incolore, avec un léger goût sucré ? » demanda t-elle encore. Je m'étonnai de ces connaissances dans ce domaine. De plus, elle commençait légèrement à m'énerver avec ses questions incessantes sur cette drogue. « Je crois, oui. » soupirai-je. Elle esquissa un sourire. « Intéressant. Il me semble que nous venons tous d'en consommer. Le thé était très bon, soit dit en passant. » J'écarquillai les yeux. Mahora lâcha sa fourchette, Danaël se prit la tête dans les mains et Peter regardait autour de lui d'un air ahuri. « Qu'est-ce que tu raconte ? » rugit brusquement Danaël, nous faisant sursauter au point que Peter tomba à la renverse de son banc, entraînant une crise de fou rire de la part de Mahora. La servante gardait un air impassible. « Il suffit de voir Mahora pour voir les effets. Alban, vous êtes pâle comme un linge. Peter a un rire de dinde. » ajouta t-elle. J'étais totalement insensible aux effets du produit, ainsi que Danaël mais Mahora et Peter continuaient dans leur crise de fou rire. Je me sentais mal, et j'étais loin d'être euphorique. La servante ne semblait guère plus touchée que nous. Elle continuait de dîner sans se préoccuper des deux drogués à nos côtés qui riaient à tout va, nous agaçant au plus haut point. Danaël menaça d'assommer Peter avec le banc s'il ne se calmait pas rapidement ; je ramenai Mahora à sa chambre afin qu'elle dorme pour faire passer les effets de l'hyje. Je traînai ensuite Peter dans la sienne : durant mon absence, Danaël avait mis sa menace à exécution. « Vous n'êtes pas sensible à l'hyje ? » demandai-je à la servante qui finissait son repas. Elle s'essuya les coins de la bouche. « Oh, si. Ca me rend plus bavarde. Pourquoi a-t-on essayé de nous droguer ? » C'était une bonne question. Au prix de cette plante, il fallait vraiment avoir envie de nous droguer pour en mettre dans nos tasses. Enfin, l'opération avait échouée. Danaël, sa servante et moi-même restions lucides. « Je ne comprends pas tous ces problèmes. soupirai-je. Beaucoup entreprennent ce voyage, et ceux que j'ai rencontré lors de mes passages à Nayan n'avait rien connu de semblable. On s'acharne contre nous.

-C'est bien joli de dire que quelqu'un s'acharne contre nous, si l'on ne sait pas de qui il s'agit ! Et qui pourrait bien nous vouloir du mal, si ce n'est Eïolyne elle-même ? lança Danaël.

-Certes, mais Eïolyne est morte depuis un certain temps. répondit sa servante, un sourire amusé aux lèvres. Avez-vous des ennemis ?

-Pas que je sache. Je m'efforce d'entretenir de bonnes relations avec chaque personne que je croise, répondis-je.

-Des ennemis, il est certain que j'en ai, mais ils ne s'attaqueraient pas à moi. Ils préféreraient attaquer le château durant mon absence.

-Et votre fils ? » lança t-elle en se levant. Danaël ouvrit la bouche puis la referma et lui lança un regard noir. Elle s'approcha du feu, sa robe frôlant le sol, et s'agenouilla, tendant ses bras vers les flammes. Comme toujours, je craignis qu'elle ne se brûle, mais ses mains restaient à bonne distance de l'âtre. « Je ne vois pas ce que mon fils vient faire là- dedans » grogna Danaël en s'asseyant dans un large fauteuil. Je l'imitai et contemplai les flammes dansant dans l'âtre. « Je vois très bien ce qu'il a à faire là-dedans, rétorqua la jeune fille. Etre renié par son père, qui est Seigneur d'un vaste comté, est un sérieux motif. Il chercherait à reprendre la tête.

-Comme tu le dis si bien, je l'ai renié. Il ne peut pas prendre ma place à la tête du comté, cela revient à ma femme, jusqu'au mariage de ma fille, qui ne tardera pas.

-Cela n'a guère était dit dans le comté, justement. Qui le sait ? Vous, votre épouse, votre fille, un ménestrel, Soquio et Gryge, ainsi que moi, bien sûr. Il est assez simple de tuer tout ce petit monde.

-Il n'oserait pas assassiner son père, sa mère et sa soeur ! » hurla le Seigneur. La servante éclata de rire, et je remarquai plus nettement les effets du produit. « Oh qui si, il oserait ! Vous l'avez renié pour avoir torturé, violé et tué une servante, et avoir ensuite cherché à violer sa soeur ! Qu'est-ce qu'un meurtre, propre et rapide, face à cela ? Vous devriez envoyer un messager au château afin de vérifier qu'il n'ait pas déjà envoyé votre épouse et votre fille à Damé. » J'en apprenais peut-être un peu trop sur Danaël. Celui-ci passa une main sur son visage, cherchant à reprendre son sang-froid. « Peut-être a-t-elle raison, tentai-je timidement. Vous devriez envoyer un messager. Cela n'est probablement qu'une accusation sans fondement, mais nous ne pouvons être sûrs de rien. Dans ces conditions, c'est la position la plus prudente à adopter. Qui d'autre pourrait ainsi chercher à nous faire échouer ? Il y a eu l'Offret. Cela aurait pût être vous. »

Il poussa un soupir et se leva, se dirigeant vers l'escalier menant aux chambres. Il s'arrêta au pied. « J'en enverrais un, lança t-il. Mais je suis certain que mon fils n'oserait pas faire cela. » et il monta, sans se retourner, d'un pas rapide.


© Copyright 2007 llits & sweet darkness. All rights reserved.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 23 janvier 2007 08:42

Modifié le mercredi 24 janvier 2007 12:03

Chapitre 2 - Larence (part 5)

Chapitre 2 - Larence (part 5)
La servante s'assit dans le fauteuil qu'il occupait quelques secondes plus tôt. « Quelle est cette histoire, avec son fils ? » demandai-je aussitôt. Elle esquissa un sourire triste, avant de relever la manche de sa robe. Entre les lignes sombres sur sa peau se dessinait une cicatrice. « Le fils de Danaël est loin de lui ressembler. Mon Maître est aussi bon et juste qu'il est sadique et inique. Très tôt, il montra son amusement face à la cruauté. Il blessait gravement des animaux et les regarder agoniser, cherchant les moyens pour les garder en vie le plus longtemps possible. » je tressaillis et elle remit sa manche en place. « Lorsqu'il a atteint seize ans, il y a environ quatre ans, une servante a disparu. Danaël est très attaché à ses serviteurs, malgré ce qu'il en dit. La fille n'avait même pas quinze ans, elle était assez maladroite, mais gentille et jolie. On savait que le fils de Danaël, Remé, lui avait fait des avances et qu'elle avait refusé. Pendant plusieurs jours, on a recherché la fille dans tout le château, le village et les alentours. Les parents, qui étaient au village, étaient fous d'inquiétude. C'est le serviteur personnel de Remé qui a retrouvé la fille, morte. Elle portait de sérieux traces de brûlures, des coupures, on lui avait arraché la moitié des cheveux. c'était atroce. Rien ne prouve réellement qu'il l'a violé, mais nous en sommes pratiquement sûrs. Danaël a été furieux, et ce mot n'est pas assez fort pour décrire sa fureur, lorsqu'il a découvert son acte. Il a menacé de le renier. En réponse, Remé a essayé de le tuer avec un poignard. Danaël l'a fait bannir du comté, et l'a renié. Des papiers ont été signés afin d'officialiser cet acte : Danaël, son épouse, sa fille, le serviteur de Remé, Soquio, celui de Danaël, Gryge, moi, et un ménestrel. Soquio est mort quelques mois plus tard, il était vieux, et Gryge est à la fin de sa vie. Il ne serait pas dur de faire passer son meurtre pour une mort naturelle, de vieillesse. L'épouse de Danaël est une droguée, et elle a une multitude d'amant, ce que tout le monde sait. Mon Maître à beau se voiler la face, c'est bien la vérité. On pourrait facilement la tuer en prenant le prétexte d'un amant en colère. Pour sa fille, ce sera plus dur. C'est une jeune fille intelligente et en pleine santé, qui, comme vous, entretient de bonnes relations avec chaque personne qu'elle croise. Les nobles aussi bien que le peuple l'apprécie.

-Oui, c'est ce que j'ai entendue dire. Béliane, la petite princesse du peuple.

-Au château, les serviteurs l'appelle Joyau. pour dire à quel point elle est aimée. Je ne vois personne qui pourrait lui en vouloir, en plus au point de la tuer.

-Un homme qu'elle aurait repoussé ? » suggérai-je. Elle se mit à rire et fit signe à l'aubergiste de venir. « Aucun homme, mis à part les amis de ses parents et les serviteurs, ne peuvent l'approcher. Seul son fiancé y est autorisé, et, par chance, ils sont très amoureux l'un de l'autre. Ce qui est rarement le cas dans les mariages arrangés par les parents. » Elle se tut alors que Winnal arrivait. « Que puis-je faire pour vous ? » demanda t-il d'une voix mielleuse qui, après sa traîtrise, me sembla répugnante. « Qu'y avait-il dans le thé ? » demanda t-elle doucement. L'aubergiste blêmit. « Du. du thé.

-Je m'en doute, mais quoi d'autre ? Je n'en avais jamais goûté de pareil, et pourtant, j'en en bu des centaines.

-Du sucre, lâcha Winnal avant de tourner les talons.

-Il y avait quelque chose d'autre ! » Sa voix n'avait plus rien de douce, ni d'amicale. « Serait-il possible que vous y ayez ajouté une drogue ? Une drogue qui ne se détecte, pour ceux qui la connaisse, que par son goût légèrement sucré ? Ce qui, bien sûr, peut passer pour du sucre, sauf si l'on en connaît les effets. Winnal, avez-vous cherché à nous droguer ? » Il tritura le bas de sa chemise. « On m'a payé pour le faire avoua t-il d'une voix blanche. Beaucoup d'argent, c'est dur, en ce moment il n'y a personne, et on m'a dit qu'un groupe de cinq voyageurs viendraient.

-Qui ?

-Un jeune homme, d'une vingtaine d'années.

-Merci. » Il partit rapidement. « Vingt ans. L'âge que Remé devrait avoir. A force de respirer les vapeurs de sa femme, Danaël ne doit plus y être sensible. nous allons devoir faire une nuit blanche, Alban. Si l'on a cherché à nous droguer, c'est pour abaisser nos défenses. Hum. Winnal ! » cria t-elle. L'aubergiste revint de suite. Avec un sourire qui ne présageait rien de bon, elle demanda du thé, sans drogue. L'aubergiste fit le plus vite possible et annonça qu'il alla se coucher, sans doute pour avoir la paix. Nous montâmes à l'étage et elle s'assit à même le sol, à côté de la porte de Danaël, posant sa thé à côté d'elle. Je l'imitai. « Pourquoi êtes-vous une sans-nom ? osai-je lui demander. Est-ce par magie ou.

-Par magie » murmura t-elle. Je la regardai tristement. Il y avait deux catégorie de sans-noms. Ceux qui portaient ce titre abominable par leur fonction, et ceux qui avaient commis un acte impardonnable aux yeux des juges. On leur lançait un sortilège, les rendant incapables de dire leur nom ou de s'en donner un. Les plus forts, pourtant, parvenaient à prononcer un nom, souvent simple et courant, bravant le sort. Ceux qui voulaient à tout prix une identité. L'identité est la personne. « Sans nom, nous ne sommes rien. » murmura la servante. Je passai un bras autour de ses épaule, et elle posa sa tête sur mon torse. « Ne dites pas cela. Vous avez prouvé être intelligente, sage, courageuse, amicale. vous nous êtes nécessaire.

-Je vous aime bien, Alban.

-Moi aussi, je vous aime bien. » Elle esquissa un pâle sourire puis se figea. Je tournai la tête ; Mahora était sur le pas de sa porte, nous regardant, une expression peinée sur le visage. Elle balbutia quelques mots d'excuse et referma bien vite la porte, avant que je n'ai eu le temps de prononcer un mot. « Vous l'aimez, n'est-ce pas ? » s'enquit la jeune fille en se dégageant de mon étreinte. Elle prit sa tasse et en but une gorgée. « Elle aussi vous aime, continua t-elle, mais aucun d'entre vous n'ose réellement faire le premier pas vers l'autre. Vous avez des gestes tendres parfois, mais vous vous comportez comme de bons vieux amis d'enfance. Vous n'êtes pas son frère, ni son ami. Vous êtes bien plus que cela, à ses yeux. Et malgré qu'elle montre le plus souvent un masque de glace, elle est très sensible. Trop, peut-être. » Je savais compter pour Mahora, mais je n'avais jamais été réellement sûr de ses sentiments à mon égard. « Présentez-lui vos excuses dès que vous en aurez l'occasion. » Je haussai un sourcil mais ne fit pas de commentaire.


© Copyright 2007 llits & sweet darkness. All rights reserved.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 24 janvier 2007 07:43

Modifié le lundi 12 février 2007 16:02