-Même tes tournois ? fit malicieusement Mahora.
-Des tournois ? reprit Danaël, curieux.
-Alban faisait des tournois d'épées en bois avec son frère ! Et une fois, ils ont volé les couteaux de tables. Alban a une très jolie cicatrice de guerre ! » J'éclatais de rire à ce souvenir. Peter esquissa un sourire crispé. Je ne m'attardais pas sur ce détail. Mahora et lui reprirent leurs chants, accompagnés par Keman. Petercessa brusquement de chanter et tourna vivement la tête vers la forêt, avant de s'élancer vers elle. Sans réfléchir, j'arrachai les rênes des mains de Mahora et le suivait, en même temps que Keman et Danaël.
Des bruits secs de brindilles qui se cassent sous un pied maladroit. Peter fouillait avec acharnement dans sa besace. Danaël dégaina son épée et s'approcha davantage de la forêt, tandis que je sautais à terre et me précipitais vers la mule afin de prendre mon arc, avant de poser un genoux à terre, encochant une flèche. Keman restait en retrait ; il n'avait aucune arme. Mahora mit elle aussi pied à terre et se saisit de son long bâton. Nous attendîmes et lorsqu'un homme sortit des arbres, je tirai ma flèche et en plaçai aussitôt une nouvelle, me contorsionnant pour l'attraper dans mon carcan. Danaël acheva l'homme et tira ma flèche de son épaule. Il fut ensuite trop tard pour battre en retraite lorsque nous fûmes encerclés. Un couteau siffla près de mon visage et se planta dans la poitrine d'un des brigands. Je tournai la tête vers Peter ; il lança un autre couteau qui se ficha dans l'épaule d'un autre. Je tirai une nouvelle flèche. Mahora et Danaël s'élançaient vers nos ennemis. « Une arme ! Passez-moi une arme ! » cria Keman. Peter lui lança une longue dague et il galopa vers l'un des hommes, appuya ses pattes avant afin de le faire tomber, tandis qu'il en achevait un autre en lui tranchant la gorge. Il était redoutable, malgré qu'il nous ait assuré n'être pas un guerrier. Je n'osai même pas imaginé l'efficacité des réels guerriers centaures. Ce devait être monstrueux.
Cependant, nous n'étions toujours que cinq à nous battre, en face d'une vingtaine de brigands armés. La servante restait sur le cheval qui commençait à paniquer. Elle tomba lourdement au sol lorsqu'il se redressa sur ses pattes arrières, et n'en bougea pas, semblant assommée. Je me rapprochai aussitôt d'elle afin d'éviter une éventuelle blessure et continuai de décocher mes flèches, qui atteignaient rarement leur but, les ennemis bougeant sans cesse. Mahora donnait de grands coups de bâton dans les mâchoires ou à l'arrière des crânes, Danaël se battait férocement, son épée semblant être le prolongement de son bras. Peter, lui, restait aussi en retrait, et lançait des poignards ; plus chanceux - et sûrement plus doué - que moi, il parvenait à toucher presque chacune de ces cibles. Lorsqu'il ne lui resta plus qu'une dague, il courut vers les brigands, toujours plus nombreux que nous malgré nos efforts. J'en vis un qui se déplaçait difficilement, un couteau planté dans la cuisse, mais qui continuait d'infliger des blessures à mes compagnons. La servante se redressa sur un coude alors que j'encochais une nouvelle flèche « Allez les aider. » souffla t-elle. Elle me prit mon arc et mon carcan alors que je dégainai l'épée pendue à ma ceinture. Je me jetai dans la bataille, reçu un mauvais coup à l'épaule mais continuai de me battre, dos à dos avec Danaël. Une lame passa près de lui, entamant sa joue. Il essuya le sang et, rageur, tua l'homme qui avait osé lui infligé cette estafilade.
Nous n'entendîmes pas les bruits de sabots, étouffés par la neige. Cependant, nous vîmes très bien les centaures attaquer les brigands. Nous nous reculâmes aussitôt, les laissant finir le travail. Le brassard d'or qu'ils portaient au bras signalaient leur rang : des guerriers. Seul Peter continua à se battre, et sauva même un centaure d'un coup d'épée courte qui aurait pût être fatal. Keman regarda tristement les cadavres puis releva la tête vers les centaures, esquissant un sourire. Peter s'écroula soudain dans la neige. Aussitôt, Mahora fût à ses côtés : il avait une profonde blessure à la cuisse. Keman s'agenouilla près de lui et guérit doucement la blessure. Cependant, la douleur resta, bien qu'elle fût diminuée. Les centaures nous firent des signes de tête. « Keman, frère, comment vas- tu ? » lança l'un d'eux en s'approchant du centaure qui nous avait accompagné. « Ca va. Ce sont ceux-là qui m'ont attaqués. j'y serais resté sans l'aide de ces voyageurs. Je n'ai pas pût délivrer le message.
-Nous le savons. Ce n'est pas grave. Mais il nous faut repartir à présent. Père s'inquiète.
-Bien ! La Forêt me manquait, justement. » Nous nous dîmes adieu et il partit en compagnie de ses frères. Peter remonta à cheval, aidé par Danaël et moi-même. Il grimaça alors que la blessure se rappelait à lui. Nous regardâmes encore les cadavres. Danaël fit les poches et fouilla dans les sacs, au cas où nous pourrions trouver quelques vivres. Il rangea quelques galettes de pain dans l'une des besaces de la mule et brandit victorieusement une émeraude, qu'il lança à Mahora. « Pour votre courage ! Très jolis coups de bâton, ma chère. » Elle esquissa un sourire et glissa la pierre dans sa bourse en rosissant. Danaël remonta à cheval, suivi par sa servante qui garda le carcan et l'arc, par prudence. Moi-même, je posai la main sur la garde de mon épée, rengainée dans son fourreau, poids réconfortant à ma taille. Je récupérai les poignards et les couteaux de Peter, puis les enfournaient dans son sac avant de monter derrière Mahora. Le sang continuait de couler sur la neige, rouge sombre sur le blanc étincelant. Nous partîmes au galop, suivant les traces des centaures déjà bien loin devant nous, sans aucun espoir de les rattraper.
