Chapitre 1 - La Légende d'Eïyoline (part 5)

Chapitre 1 - La Légende d'Eïyoline (part 5)
« Ce n'est pas votre faute, me chuchota la servante, faisant écho à mes pensées. Nous avons décidé de venir, nous savions à quoi nous devions nous attendre. » Ses paroles me réconfortèrent et je pressai ma main contre les siennes, rejointes sur mon ventre. Elle se redressa et posa son menton sur mon épaule. « Il n'y a pas une lumière, là-bas ? » lança t-elle d'un ton joyeux. Je plissai les yeux et les écarquillais presque aussitôt. Très loin, on pouvait voir un minuscule point de lumière. Danaël se mit à rire, redevenu joyeux. « Enfin ! Une auberge !

-Ne vous réjouissez pas trop vite, répondis-je sombrement. Cela peut-être une ferme, ou peut-être est-ce un reclus qui y vit. Si l'on refuse de nous offrir l'hospitalité. » Autant être radical. Je ne voulais pas leur donner de faux espoirs. Pourtant, je sentis un peu d'espoir au fond de moi. J'avais froid, faim et j'étais fatigué.

Mahora et Peter montèrent à notre niveau, silencieux. La jeune femme me lança un regard amical et esquissa un sourire tandis que Peter fixait le minuscule point de lumière. Il observa les alentours puis se tourna vers nous. « Il y a une grotte naturelle, là-bas.

-Et probablement une chaumière de ce côté. » répondit Danaël. Peter hocha la tête. « Je vais aller voir la chaumière, lançais-je. Cela ne sert à rien d'aller jusqu'à elle si l'on refuse de nous héberger pour la nuit. » Mes compagnons approuvèrent et je lançai mon cheval au trot, ne forçant pas trop l'allure, le sachant aussi fatigué que moi après avoir passé une journée dans le froid. Les autres partirent vers la petite grotte découverte par Peter, profitant de cet abri jusqu'à mon retour.

J'essayais de faire au plus vite. Mais il me semblait que plus j'avançais, plus le point de lumière s'éloignait. La servante posa une main sur mon épaule et se crispa soudain. « Faites demi-tour, vite ! » souffla t-elle. Sa main, restée sur mon épaule, me faisait mal. Je n'aurais jamais soupçonné qu'elle ait autant de force. « Allons, nous nous rapprochons. répondis-je.

-Voilà le danger ! s'écria t-elle. Ce n'est pas une auberge, c'est un Offret ! » Je senti mon sang se glacer dans mes veines. Je tirai fortement sur les rênes de ma monture, mais celle-ci refusa de changer de direction. La magie de la créature l'avait déjà influencé, et je me sentais moi-même irrésistiblement attiré par cette lumière qui semblait promettre chaleur et confort. La servante sauta à terre et m'agrippa la jambe. Je tombai, la joue sur la neige froide. Mon cheval partit au galop vers la lumière ; un cri perçant nous parvint, effrayant. Je sortis de ma transe et dévisageai la servante, hébété. « Votre cheval est mort. » murmura t-elle.

Elle partit devant moi, s'enfonçant dans la neige. Je la suivis, le moral au plus bas. « Cessez donc de ruminer. Immonde créature. Vous ne prendrez pas de tour de garde, cette nuit. Ce monstre vous a sous sa coupe, vous seriez capable d'aller le rejoindre ! Lorsque l'on arrive à détourner le regard et à faire demi-tour, cela provoque un mal-être. Ca vous passera. Vous vous sentez bien, Alban, ne vous inquiétez pas. Tout va bien. Nous allons retourner avec les autres, nous ferons un grand feu de bois, nous pourrons nous réchauffer, nous mangerons. » je me laissai porter par ses paroles et sa voix devenue très douce. Avant même que je ne m'en rende compte, nous étions déjà à la grotte.

« Eh bien, où est votre cheval ? s'exclama Danaël.

-Mort. »

Mahora haussa un sourcil tandis que Peter allait chercher du bois sans chercher à en comprendre davantage. «Que s'est-il passé ? » demanda mon amie. La servante s'installa sur le sol de pierre, croisant ses bras sur sa poitrine. « Un Offret, » dit-elle simplement, et ce mot fit naître de telles expressions sur les visages de mes compagnons que, si cela n'avait été dramatique, j'aurais pût en rire. « Et vous vous en êtes sortis vivants ? Vous êtes plus forts que je ne le pensez, Alban ! me félicita Danaël.

-Félicitez plutôt votre servante. Si elle n'avait été avec moi, je serais mort. Elle a une volonté de fer. » La jeune fille baissa la tête. Je ne cherchais même pas à savoir comment elle avait pût s'apercevoir du monstre et de son sortilège, et retourner à la grotte sans personne pour la guider, alors qu'elle avait les yeux fermés.

Peter revint avec le bois et Danaël l'aida à faire un feu. Suivant les recommandations de la jeune fille, ils refusèrent de me laisser mon tour de garde. Je ne pus m'empêcher de m'en sentir heureux. Je m'endormi, enfoui sous des couvertures, tout près du feu. La servante resta assise près de moi, veillant sur mon sommeil qui fut agité. A chaque réveil, elle posait sa main sur mon front, comme pour chercher la fièvre, et ce contact me renvoyait toujours dans les limbes du sommeil.


© Copyright 2007 llits & sweet darkness. All rights reserved.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 22 janvier 2007 05:38

Modifié le mercredi 24 janvier 2007 12:01

Chapitre 2 - Larence (part 1)

Chapitre 2 - Larence (part 1)
Nous reprîmes notre chemin. Les yeux fixant un vague point, loin devant moi, je m'efforçais de ne penser à rien. Cependant, la pensée que j'avais eu des corps de mes compagnes me hantait. La servante recommença à me parler pour m'occuper l'esprit. Je l'écoutais à peine. Je me surpris à penser que, si le cheval avait été celui de Peter, le Maréchal-ferrant, à notre retour, aurait été furieux.

Lorsque le soleil fut à son zénith, nous fîmes une halte pour prendre un rapide repas, composé essentiellement de pain, de viande et de pommes séchées. L'eau avait mauvais goût, ayant pris celui des outres de peau. Le soir, lorsque nous nous réfugiions dans une grotte et que nous faisions du feu, nous faisions fondre la neige afin de préserver nos réserves d'eau. Danaël et Mahora remplirent deux des quatre outres vides avec de la neige et les remirent en place, sur la mule tenue par Danaël.

Peter continuait ses incessants aller-retour. La voix douce de la servante me donnait envie de somnoler ; je m'efforçais de m'accrocher à ses paroles. De temps à autre, me sentant m'assoupir, Mahora me donnait un coup de coudes dans les côtes, m'obligeant à rouvrir les yeux. Elle avait repris les rênes, ainsi que son contrôle sur elle-même. Son visage avait repris quelques couleurs, et j'en étais soulagé.

Enfin, je sentis tout malaise me quitter. La servante dut le sentir, sûrement, car elle m'adressa un sourire. « Nous avons dépassé le champ d'action de l'Offret, et il a renoncé à nous suivre » annonça t-elle. Danaël haussa les épaules et nous continuâmes notre chemin. Peter revint alors au galop. « S'il annonce encore un cadavre, c'est lui que j'étripe ! » grommela Mahora.

Peter nous sourit d'un air crispé. « Euh. je crois que nous avons un. un problème. Alban, que disiez-vous à propos des Terres des Centaures ? De simples marécages, les centaures n'existent pas ?

-Ne me dites pas qu'il a trouvé un centaure ! m'écriais-je.

-Si. Mais il n'a pas l'air méchant. Plutôt blessé à une jambe. Et il a froid aussi. » Il parlait d'un ton détaché, presque amusé par la situation. Mahora et Danaël lancèrent les chevaux au galop et nous suivîmes Peter. Dans une petite grotte, creusée au pied de la montagne se trouvait bien un centaure, mal en point. Mahora sauta à terre, alla chercher quelques couvertures et l'en recouvrit. De mon paquetage, je sortais différentes herbes. Peter fit un feu et Mahora s'occuper de faire bouillir l'eau. Je préparais infusion, décoction et cataplasme afin de le soigner. « Comment vous-êtes vous fais cela ? » demandai-je lentement, espérant qu'il comprenne ma langue.

-Poursuivi !

-Un Offret ? demanda brusquement la servante.

-Hommes, répondit le centaure avant de tressaillir en sentant le tissu chaud se poser sur sa jambe blessée.

Il avait reçu une flèche dans la jambe avant gauche, mais fort heureusement, la plaie n'était pas encore infectée, probablement grâce à la neige qu'il avait appliqué en compresse. « Que lui as-tu mis ? s'enquit Mahora, intéressée par la médecine des plantes.

-Un cataplasme d'ortie, pour arrêter le saignement. Regarde, la bourse rouge là. prends quelques feuilles et fais les bouillir dans de l'eau.

-]Et ensuite ?

-C'est une décoction pour nettoyer la plaie, ça sera sans doute plus efficace que l'ortie. Comment vous appelez-vous ? demandai-je au centaure.

-Keman.

-Je suis Alban. Et mes compagnons de route, Mahora, Peter, le Sire Danaël et sa servante.

-Pourquoi m'aidez-vous ?

-Nous ne chassons pas les centaures. Il paraît que vous êtes très doués avec les plantes. » Le centaure se mit à rire, un rire qui dégénéra en toux. « Pas moi, parvint-il enfin à dire. Je suis juste un messager. Mais nous avons de bons guérisseurs ! S'ils étaient là. » Il se tut, et je n'en demandai pas davantage. Nous dressâmes notre camp dans cette grotte, et soignâmes le centaure du mieux que nous le pouvions. « Tu avais parlé d'hyje, que l'on trouve dans les Terres des Centaures. on ne peut pas l'utiliser ? » Le centaure se redressa légèrement, amusé. « Mahora, tu ne sais pas ce qu'est l'hyje ? demandai-je, étonné. C'est une drogue. Une drogue de nobles d'ailleurs. elle se vend très cher. Vraiment très cher. Comment crois-tu que je parvienne à avoir autant d'argent ?

-De. de la drogue ? balbutia t-elle.

-Oui. Un bien-être incomparable. c'est une plante assez rare, d'où son prix. » Elle se tut et se mordit la lèvre. Peter ricanait dans son coin ; je lui lançai un regard noir et retirer le cataplasme de la jambe du centaure. « Vous allez avoir peur, avec ce que je vais faire » nous avertit- il. Il posa la main sur la blessure et une douce lueur argenté apparut. Lorsqu'il découvrit la plaie, elle était cicatrisée. « Merci pour la nourriture, ça m'a redonné des forces. Je n'ai pas pût le faire avant » expliqua t-il. Je me mis à rire, surpris par ma propre stupidité. « Les centaures sont une race magique, j'aurais dû m'en souvenir. » Il sourit. « Le cataplasme était très agréable » me dit-il pour me remonter le moral. « En d'autres circonstances, pour quelqu'un d'autre, c'aurait été très efficace, mais aussi plus long. Vous savez, dans certains cas, la magie ne suffit pas à guérir. C'est pour cela que nous avons des guérisseurs ! Et parfois, la blessure est trop grave. Je ne suis qu'un messager, ce n'est pas pour rien.

-Des hommes vous ont chassé, donc ? fit Danaël.

-Armés de lances, d'épées et d'arcs, alors que je n'avais aucune arme ! Les lâches. C'est faux, ce qu'on raconte. Nous ne sommes pas des monstres sanguinaires. Nous savons nous battre, c'est vrai, mais seulement en temps de guerre.

-Je suis déjà allé sur vos terres. Je n'ai jamais rencontré le moindre centaure.

-Je suppose que vous n'êtes pas entré dans la forêt. Vous êtes restés aux frontières, près des champs.

-Vous appelez ça des champs ? J'aurais plutôt dis des marécages.

-Question de point de vue. Plein de plantes y poussent. L'hyje, c'est vrai, mais beaucoup d'autres.

-La plupart que j'ai rencontré sont toxiques pour nous.

-Nous pouvons les consommer, et les utiliser pour guérir. Pas toutes, mais la plupart. Pourrais-je ravoir de l'eau, s'il vous plaît ? » Mahora emplit une chope et la lui tendit. Le centaure la vida d'un trait et la posa à côté de lui, faisant un signe de tête à la jeune femme pour la remercier. Nous parlâmes encore un moment, puis, le soleil se couchant, nous dînâmes et je pris le premier tour de garde, en compagnie de Peter. Il sortit un jeu de cartes de sa besace et les plaça sur le sol, retournées. « Il y avait une voyante dans mon village, quand j'étais gamin, expliqua t-il. Je vais vous lire l'avenir. Ou au moins, essayer de le faire. Je n'ai jamais été très doué. » Je choisis deux cartes, et il en prit une troisième. « L'amour. Le Roi, et la Mort.

-La Mort ?!

-Ne vous inquiétez pas. Souvent, la Mort signifie simplement la fin d'une chose pour la renaissance d'une autre !

-Alors, que veut dire ce tirage ? demandai-je, malgré tout amusé.

-Aucune idée, mais c'était amusant, non ? Quand j'était petit, je m'amusais à faire des tirages. Avec ça, j'aurais dit quelque chose comme : Vous allez enfin connaître le Grand Amour, une jeune femme merveilleuse et douce qui vous aimera autant que vous l'aimez. Vous vous marierez, mais le Roi vous accusera d'assassinat sur la personne de son fils, et vous serez condamné à mort. Votre épouse, croyant le Roi, sera répugnée et vous quittera, avec vos deux enfants. Vous mourrez seul, dans une cellule misérable sans lumière.

-C'est assez triste.

-Les expressions de mes clients étaient réellement intéressantes. J'ai même eu une femme qui s'est évanouie à la suite de ma prédiction. Autant dire que la vraie voyante était folle de rage, je me suis fait botter les fesses un nombre incalculable de fois. » J'étouffai un rire afin de ne pas réveiller les autres. Le centaure se remettait tranquillement. La question de Mahora l'avait beaucoup amusé : lorsqu'il avait été question de dormir, elle lui avait demandé comment il comptait faire, avec son corps de cheval et son torse d'homme. La réponse ne s'était pas fait attendre ; en riant, il avait utilisé la magie pour se changer en homme, et, avec un clin d'oeil malicieux, s'était enveloppé dans une peau, qui ressemblait étrangement à celle de son corps animal. A présent, il dormait, étendu près du feu, entre Mahora et Danaël. La servante, sûrement par habitude, était légèrement à l'écart. Sa poitrine se soulevait doucement au rythme de sa respiration. Les lignes sombres étaient toujours là, sur sa gorge, disparaissant sous les vêtements.

Vers le milieu de la nuit, nous réveillâmes Danaël et Mahora qui, de mauvaise grâce, les yeux encore embrumés de sommeil, prirent leur tour de garde. Le centaure se réveilla en sursaut et regarda autour de lui d'un air hagard, tandis que la servante ouvrait les yeux. « Et comme ça, tout le monde est réveillé. » marmonna Mahora en remettant du bois dans notre feu. Cela fut de courte durée : Peter s'enfouit sous une couverture, tout près du feu, et s'endormit presque aussitôt. Après m'avoir assuré qu'il allait bien, Keman se rendormit à son tour et je l'imitai.

Nous nous réveillâmes alors que le soleil se levait. Après un frugale repas, nous emballâmes nos affaires, Peter et Danaël rangèrent nos provisions et nous montâmes à cheval. Keman s'étonna de voir que la servante et moi-même n'avions pas de monture. Il suggéra à Mahora de le monter, et elle refusa en rougissant. Nous partîmes enfin.


© Copyright 2007 llits & sweet darkness. All rights reserved.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le lundi 22 janvier 2007 12:42

Modifié le mercredi 24 janvier 2007 12:01