Chapitre 1 - La Légende d'Eïyoline (part 3)

Chapitre 1 - La Légende d'Eïyoline (part 3)
«Eïolyne est née il y a près de quatre siècles, débuta t-elle. C'était une fort belle enfant. Une peau blanche et des cheveux ébènes, signes de noblesse. Cependant, ses parents n'avaient rien de noble : c'était de pauvres paysans qui avaient du mal à nourrir leurs enfants. Ainsi, on pensa que sa mère avait eu une aventure avec un autre homme que son époux. Dès son plus jeune âge, Eïolyne fut rejeté, pour cette raison stupide. Puis, rapidement, vers l'âge de cinq ou six ans, elle commença à faire des rêves. Des prémonitions, en réalité. Un jour, elle eut le malheur de raconter son rêve de la nuit passée. Un cauchemar, plutôt. Elle y avait vu son frère mourir. Le frère en question était bûcheron. Comme elle l'avait dit, un arbre, en tombant, l'écrasa. Cela s'ébruita dans le petit village où elle vivait. Une crainte sans nom grandit alors. Une Prophétesse, un Devin. Synonyme d'oiseau de mauvais augure, par le passé. Eïolyne grandit donc sous des regards craintifs ou méprisants, selon les personnes. Exclue, effrayant jusqu'à sa famille, l'enfant préféra se réfugier dans la forêt bordant son village, durant la journée, ne retournant à la chaumière de ses parents qu'à la nuit tombée. A ses quinze ans, comme je l'ai déjà dit hier, elle vola l'oeuf de Dragon s'en suivit les difficultés que vous connaissez. Lorsqu'il revint, elle était tout à fait guérie. Rien ne restait qu'une fine cicatrice sur son bras. Ses parents s'inquiétèrent de sa disparition, bien sûr, mais ne la cherchèrent pas vraiment. Ils l'aimaient, comme un père et une mère seuls savent aimer leur enfant, mais le fait qu'elle ne soit plus là. » La servante détourna la tête. Raconter ce passage semblait la faire souffrir. Peut-être avait-elle vécu la même expérience, cela la touchait tellement. Elle reprit, la voix légèrement tremblante. « Cela leur ôta un grand poids. On conclut qu'elle était morte, peut-être, ou qu'elle s'était enfuie. Cela n'avait aucune importance pour les habitants du village. Tous étaient soulagés de voir que celle qu'il considéraient comme un monstre n'était plus là. Cependant, Eïolyne était bel et bien vivante, en pleine forme même. L'amitié entre et le Dragon grandissait de jours en jours, se consolidant. Plusieurs années passèrent ; elle devint une très belle jeune femme, aussi belle que vous l'êtes, Mahora » Mon amie rosit sous le compliment puis haussa un sourcil. Je compris soudain. Comment aurait-elle pût le savoir ? Elle avait toujours les yeux fermés ! Nous observait-elle lorsque nous ne prêtions aucune attention à elle ? J'en doutais fortement. Avec amusement, je songeais qu'elle voyait au travers de ses paupières. C'était ridicule, mais je ne pus retenir un sourire à cette pensée. Mahora se détendit à nouveau et murmura un petit merci qui tira un sourire à la servante, avant qu'elle ne reprenne son récit. « Eïolyne voulut revoir sa famille, car malgré ce qu'elle avait enduré, elle lui manquait. Lorsqu'elle retourna au village, enveloppée d'une vieille cape qu'elle avait marchandé, personne ne la reconnut. Sa mère elle-même fut incapable de la reconnaître, et même quand elle lui rappela son prénom, elle ne sembla pas savoir de qui elle parlait.

-Même sa famille ne la reconnaissait pas ? s'exclama Peter, choqué.

-Mémoire très sélective, grogna Danaël. Ils ont préférés oublier jusqu'à son existence. Ce dut être atroce pour cette jeune femme.

-Oui. murmura la jeune fille. Elle retourna dans sa grotte, auprès de son compagnon. Le Dragon sentit son malaise et tenta de la consoler, en vain. Elle se calma d'elle-même. Elle devint froide, méprisante, avec un coeur plus dur que la pierre. Rejetée par ceux qui avait le plus compté pour elle, inexistante. » Je ressentis un pincement au coeur. Eïolyne avait eu une vie difficile. « Ainsi, continua la servante, elle recommença à faire des rêves. Elle laissa son Dragon quelques jours pour aller dans une ville et empêcha un grave accident, qui aurait dû tuer une dizaine de personnes. Ils construisaient un temple en l'honneur de More. Normalement, un éboulis aurait dû se produire, à cause d'une simple pierre mal placée. La nuit, elle l'arrangea. On s'aperçut vite que cela venait d'elle, on lui demanda la raison de son acte. Lorsqu'elle répondit, on ne lui répondit pas par la crainte, mais par la reconnaissance. On lui offrit nourriture, vêtements, vin, et bijoux. Heureuse, elle retourna à sa grotte. Bientôt, de nombreuses personnes vinrent lui demander son aide.

Eïolyne retrouva une minuscule joie de vivre, au fond d'elle. Au moins pouvait-elle aider à améliorer le présent, et le futur. Des nobles, des comtes, des ducs avertis de son pouvoir, allèrent jusqu'à elle, lui offrant une multitude de richesse. Cependant, malgré sa fortune, elle ne quitta jamais sa grotte pour s'installer dans une tranquille maison. Elle ne pouvait abandonner son Dragon, et il était bien sûr impossible de l'emmener dans une ville. Mais elle avait une vie du moins confortable, sinon une habitation.
» Peter se mit à rire. Etonnés, nous le regardâmes. « Vivre dans une grotte ! s'exclama t-il entre deux éclats de rire. Avec un Dragon ! Un vrai, un grand, avec des ailes, et tout ce qui va avec ! Mais elle ne devait pas avoir de place ! » La servante esquissa un sourire. « Ca devait lui tenir chaud, non ? » suggéra Mahora, se tapotant le menton de son index d'un air si sérieux que je me mis à rire, à mon tour. « Alors, elle n'achetait pas de bois ! reprit Peter. Nous avons trouvé la raison de la richesse d'Eïolyne ! » s'écria t-il avant d'hurler de rire. Danaël écarquilla les yeux, surpris, puis secoua la tête, un mince sourire étirant ses lèvres. La servante avait posé une main sur sa bouche pour, je pense, cacher son sourire. « Allons, racontez-nous, demoiselle ! » demandai-je d'un ton galant. « Ca crache du feu un Dragon » ajouta Peter, pensif. C'en fut trop pour Danaël qui fut pris d'un fou rire devant cette affirmation que nous savions déjà tous. La servante étouffa un rire et tourna ses yeux fermés vers moi. Je restais bouche bée. Malgré les paupières closes, je devinai l'éclat d'amusement dans ses prunelles. Mahora tapotait le dos de Peter en riant, Danaël essayait - sans grand succès - de boire quelques gorgées d'eau pour se calmer. Il fallu quelques minutes pour nous calmer. Cette expédition n'était pas si tragique, finalement. Je retrouvais la camaraderie que j'avais connu plusieurs années auparavant, avant que je ne commence à voyager seul. La servante reprit enfin son histoire, un sourire aux lèvres. « Elle continua sa vie calme. Un noble venait la voir régulièrement, la veille de la Pleine Lune. Une amitié naquit entre eux. Ils finirent par ne plus parler que des prédictions d'Eïolyne, mais de choses plus privées. Parfois, ils allaient en ville ensemble, discutant comme de vieux amis d'enfance. Cela était un soulagement pour la jeune femme, qui n'avait jamais eu d'amis avant. Pourtant, seul son Dragon continuait de partager réellement sa vie, ses joies et ses peines. » Peter lança un bout de bois dans le feu. « Et voilà, l'histoire d'amour commence. » soupira t-il, semblant presque regretter d'avoir demander à la servante de nous conter cette histoire. Celle-ci leva son visage vers lui. « Le noble était amoureux d'elle, en effet, et sûr de la réciprocité de ses sentiments, il demanda sa main à Eïolyne.

-C'est romantique, déclara Mahora.

-Elle le tua, refusant elle-même de souffrir. Car elle aussi l'aimait. Cependant, avec ce qu'il lui été arrivée avec sa famille, elle préféra le voir mourir plutôt que de ressentir cette douleur une nouvelle fois.

-C'est beaucoup moins romantique. grommela Mahora.

-Ce fut une nouvelle douleur, malgré tout. Dès ce jour, Eïolyne fut à nouveau crainte. Ses pouvoirs grandissaient. Il semble que tuer la rendait plus forte. A nouveau, elle devint insensible, et ne reprit plus aucune douceur. Elle continuait de s'enrichir. Un jour, elle fut capable de tuer d'un unique regard. Je pense que c'est à ce point qu'elle comprit qu'elle avait atteint le summum de sa puissance.

-Ça fait froid dans le dos. souffla Peter.

-Elle parcouru le royaume de Nayas, transportée par son Dragon, bien qu'elle fut capable elle-même de voler. Sa célébrité, si on peut l'appeler ainsi, s'accrût dans le royaume, et dans ceux qui l'entouraient. On venait de très loin pour obtenir ses faveurs. Ses prédictions se réalisaient toujours. Mais elle prit un malin plaisir à ne put dévoiler que les bons moments que la personne vivrait, mais plutôt les pires. Les morts, les angoisses. pourtant, elle terminait ses entretiens par une note d'espoir, qui sonnait faux, la personne encore choquée par ce qu'elle venait d'apprendre.

-Quelle note d'espoir ? demandai-je aussitôt.

-Ce que je vous ai dit lorsque je vous ai révélé sa prédiction à notre sujet. » Je me remémorais ses paroles. Oui, une minuscule touche d'espoir qui n'avait touché aucun d'entre nous. Apprendre sa propre mort est trop effrayant pour qu'on l'entende. « ll ne tient qu'à vous d'empêcher le Destin. Si l'on dévoile le futur, c'est afin de le changer. »


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Chapitre 1 - La Légende d'Eïyoline (part 4)

Chapitre 1 - La Légende d'Eïyoline (part 4)
Danaël secoua la tête. « Fadaises ! lâcha t-il de sa voix rauque. Je n'ai jamais entendu parler d'un Dragon chevauché par une jeune femme qui parcourait le royaume ! Vous ne pensez pas que l'on s'en serait souvenu ?

-Il y a certaines choses que l'on préfère ne pas garder en mémoire, Seigneur » cracha la servante. Je m'étonnais un peu de son manque de respect envers celui qui était sensé être son Maître. Malgré tout, je ne pus m'empêcher de sourire. Cette jeune fille était trop farouche pour se laisser diriger par une quelconque personne. « Et ensuite ? demandai-je. Car il y a bien une suite, n'est-ce pas ?

-Pas vraiment, répondit-elle. Eïolyne vécut seule avec son Dragon jusqu'à la fin de sa vie. Elle mourut il y a trois siècles, laissant son Dragon, seul et immortel, surveiller son tombeau et ses richesses. » Mahora avait le regard dans le vague. Je lui donnai un petit coup de coude. Elle posa sur moi des yeux hébétés. « Ca va ? » m'enquis-je, inquiet. Elle hocha la tête mais son expression disait le contraire. Son regard était triste ; sans réfléchir, je passai un bras autour de ses épaules et l'attirai près de moi. Danaël écarquilla les yeux devant mon geste et Peter en lâcha la bûche qu'il tenait entre ses bras. La servante émit un ricanement. « Pauvres âmes pures et innocentes ! ironisa t-elle. Ce geste est choquant ? Voyons, vous avez fait bien pire, tous deux. » Mahora se dégagea de mon étreinte et se leva. Je tournais la tête vers la servante, un peu blessé par le fait qu'elle m'ait repoussé. Puis, les paroles de la servante me frappèrent. Comment aurait-elle pût savoir quoi que ce fut sur eux et leurs vies ? Qu'elle sache certaines choses sur Danaël, je le concevais parfaitement, après tout, elle était sa servante personnelle, d'après ce qu'il nous avait dit, mais Peter, elle ne le connaissait que depuis quelques jours à peine ! Lui-même n'était pas dans le village depuis longtemps et j'étais certain de n'avoir jamais rencontré la jeune fille auparavant.

Danaël détournait le regard et les joues de Peter avaient pris une intéressante couleur vermeille. J'esquissai un sourire. Mahora fit chauffer de l'eau et nous prépara des tisanes de camomilles. Je bus le breuvage chaud avec plaisir mais persistai à m'inquiéter de son comportement à mon égard. Plus d'une fois, nous nous étions pris dans les bras l'un de l'autre. En quoi mon geste avait-il pût être mal pris ? Je fini par abandonner la question, agacé. Elle ne revint pas s'asseoir près de moi.

Au matin, nous découvrîmes que la tempête avait cessée. Presque avec tristesse, nous quittâmes la grotte qui nous avait servie d'abri. J'allais regretter la chaleur de notre feu durant la journée, je le savais. Et qui nous promettait un autre refuge pour la nuit qui allait arriver ? J'espérai une auberge de voyageurs mais, n'ayant pas effectuer ce trajet depuis longtemps, je ne sus dire s'il y en avait une dans les environs. Mahora discutait joyeusement avec Peter alors qu'ils sellaient leurs chevaux. Danaël poussa un soupir en regardant sa servante. Il semblait fâché de devoir la prendre avec lui. Je me souvins qu'il avait suggéré, alors qu'elle était malade, de la laisser seule. Il ne devait pas y avoir d'amitié entre eux, loin de là. Pourtant, s'il l'avait emmené avec lui, il devait bien y avoir une raison. Je me dirigeais vers lui. « Souhaitez-vous que votre servante monte derrière moi, pour ce jour ? » proposai-je d'un ton courtois. Il soupira à nouveau et se tourna encore vers la jeune fille qui éteignais les dernières braises du pied. « Je ne veux pas vous déranger.

-Cela ne me dérange nullement ! » répondis-je aussitôt. Il sembla hésiter un moment puis hocha la tête. La servante sortie de la grotte. « Très bien ! me lança t-elle. Je ne vous cacherais pas que je suis bien plus contente de voyager avec vous qu'avec mon Seigneur. » Je m'amusai de cette réponse, soit-disant respectueuse. J'enfonçai mon bonnet jusqu'à mes oreilles, glissai les pans de mon écharpe sous mon manteau et montai en selle. Danaël aida la jeune fille à monter derrière moi et lui tendit une couverture dans laquelle elle s'enroula avant de nouer ses bras autour de ma taille. Mon cheval, une bête calme, se tendit. Je mettais cela sur le compte du point augmenté. « J'espère ne pas vous serrer trop fort.

-Non, ne vous inquiétez pas. Pourquoi n'avez-vous pas de cheval ? Cela aurait été plus aisé.

-J'ai tendance à me méfier de ces animaux. Ils ne m'aiment pas non plus, de toute façon. » Cela expliquait la tension de ma monture. Je tapotais gentiment sa main et demandai aux autres s'ils étaient prêts. En réponse, une boule de neige s'écrasa sur mon visage. J'entendis le rire de Peter suivi par celui de Mahora. Agacé, et surtout vexé, je partis, suivi par Danaël qui ne sembla pas mécontent de s'éloigner d'eux.

Ils nous rattrapèrent rapidement. Tous deux semblaient s'être trouvés nombres points communs et parlaient avec animation. Le Seigneur restait à mon niveau, les laissant volontairement derrière nous. Parfois, je sentais le souffle glacé de la servante sur ma nuque, ses bras bougeant sur ma taille, le frôlement de la couverture contre mon bras. Puis, sa tête se posa contre mon dos. « ]Je sais ce que je veux, si nous découvrons le trésor d'Eïolyne et nous tirons vivants de cette expédition. Je voudrais une maison dans une forêt, avec un chien. » murmura t-elle. Je souris. Elle frotta sa joue contre mon manteau, resserra ses bras sur ma taille, et elle dut s'assoupir.

La journée fut longue et morne. Nous parlions peu, mis à part Mahora et Peter. Le ciel n'était plus couvert de lourds nuages : il était bleu azur, et le soleil était éclatant. Mais lorsque celui-ci commença à baisser réellement à l'horizon, nous n'avions toujours trouvé aucun abri. Je me concertai avec Danaël, et nous décidâmes de poursuivre notre chemin jusqu'à trouver un refuge pour la nuit. La température, déjà proche du zéro, baissait encore. Le soleil disparut totalement, laissant place à la lune, pleine. Quelques étoiles apparurent dans le ciel devenu encre. « ]Vous qui connaissez le royaume, ne pouvez-vous nous dire où nous trouverons un refuge ? » demanda la servante. Danaël tourna la tête vers moi. Apparemment, lui aussi se posait la question. « Je ne peux m'en souvenir. j'effectuais toujours mes voyages au printemps ou en été, il me suffisait d'installer mon bivouac lorsque j'en avais envie. Je n'allais que rarement dans des abri ou dans des auberges. » répondis-je finalement. Danaël secoua la tête. « Nous aurions dû, nous aussi, nous charger d'un bivouac. Des tentes auraient été pratiques.

-Certes, mais il aurait fallu plus d'animaux. Voyager en groupe réduit est plus pratique, malgré que cela soit aussi plus dangereux. Nous trouverons bien un abri quelque part.

-Je l'espère. Il serait désagréable de passer la nuit à cheval ; je suis épuisé. » Je hochai la tête et scrutai les alentours, à la recherche d'une lumière. Mais il n'y avait rien d'autre qu'un paysage désolé, un flanc escarpé d'une montagne à notre droite et une sombre forêt à notre gauche, caché sous la neige compact sur laquelle se dessinait parfois des empreintes d'animaux. Je me sentais désolé de leur infliger cela. Seul, j'aurai été capable de me débrouiller, comme j'en avais l'habitude, malgré que je fus rarement parti en hiver. Cette année, il était plus rigoureux, les tempêtes se succédaient.


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